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La conscience, c’est le soi-même de la réflexion.

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C’est l’idée que l’on puisse être un autre,

le miroir d’Alice.

Mais qu’est-ce que la conscience ? Longtemps, elle a été une petite voix intérieure qui dans notre tête nous avisait de ce qui était bon ou de ce qui était mal, que l’on qualifiait de conscience divine ou de morale. On parlait alors d’avoir ou de faire bonne conscience. C’était celle que Jean-Jacques Rousseau décrivait dans l’Émile ou De l’éducation.

Mais, que signifie le mot « conscience » ? Suivant le dictionnaire, elle est un sentiment, une perception que l’être humain a de lui-même, de sa propre existence, ainsi que du monde extérieur. C’est aussi un ensemble des opinions, des croyances, un certain sens moral. Il ne faut pas oublier qu’il y a quelqu’un qui a écrit cette définition et qu’il a lui aussi différentes influences. Ici, il entremêle les deux visions de la conscience. Il faute lorsqu’il exprime qu’il s’agit d’un sentiment, d’une perception propre à l’humain exclusivement. Il omet le détail qu’elle exige d’être vivant et, par conséquent, que la conscience est un état de fait. On est ou pas conscient, comme l’on vit et meurt. Où il a raison, c’est lorsqu’il associe le terme à celui de la réflexion, qui est un retour de la pensée sur elle-même. On retrouve cela dans l’expérimentation animale, alors que l’on affirme qu’un singe est conscient du fait qu’il peut s’identifier dans un miroir. Par le fait, être conscient, c’est surtout se reconnaître une individualité. Où il a encore tort, c’est lorsqu’il associe la conscience à des valeurs morales, rétablissant ainsi la vision religieuse de l’époque de Jean-Jacques Rousseau.

Par contre, le dictionnaire définit l’inconscience comme une perte de connaissance, une absence de jugement, insouciance qui se manifeste par des actes déraisonnables. Bien que la définition de ce terme soit plus récente que celle de son antithèse, elle traîne des vestiges. À titre de plaisanterie, je dirais que Jean-Jacques Rousseau est un inconscient, du fait qu’il attribue à d’autres sa propre conscience.

L’inconscience pour l’auteur du dictionnaire est donc une perte de connaissance ou tout simplement l’expression d’une autre forme de culture. De plus, je connais beaucoup de gens qui sont conscients et qui ont une absence de jugement reconnue, alors que d’autres insouciants se manifestent en des actes raisonnables. Pour ma part, être inconscient, c’est tout autre chose. Même un Alzheimer est conscient, un aphasique l’est tout autant. Ils sont conscients d’une part du présent, mais pas responsables, puisqu’il n’a pas de continuité mnémonique. Et il ne s’agit plus ici de comparer une forme d’éducation avec une autre, mais de déterminer que le niveau de conscience s’accentue avec la connaissance et sa mémorisation. Personnellement, je ne vois qu’un moment où il y a inconscience, c’est lors d’une mort cérébrale. Aussi, pour être conscient, il faut être vivant.

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Sans reflet nous ne sommes rien

L’idée de la conscience à travers les siècles

Dans une approche généraliste telle que la pratique de la philosophie, la variation de la notion de conscience révèle une certaine historicité de la pensée humaine. Dans l’Antiquité, pour les auteurs que je connais, l’idée de conscience n’existait pas. On argumentait autour du noos ou noûs. Chez Platon, le noûs se désignait comme étant la partie la plus divine de l’âme, que l’on interprète comme l’intelligence. Dans Phèdre, Platon compare l’âme à un attelage ailé, avec comme cocher la raison, l’esprit, l’intelligence (noûs), comme cheval obéissant la volonté284. Personnellement, je pense qu’ici, le noûs représentait la conscience. Ce qu’il faut en retenir, c’est que je ne connais pas de texte qui remet en question cette notion à l’époque de cet auteur grec. On doit se rappeler que pour Platon, qui cite toujours Socrate  : la vérité et toutes les connaissances préexistent à l’humain. Elles sont transcendantes. Elles sont là, extérieures à l’humain, et pour les découvrir, il faut user d’une logique dialogique qui fouille la résurgence. Méthodologie que l’on retrouve dans l’analyse de tous les textes de l’auteur.

Le prochain dans notre histoire sera René Descartes. Pour lui, tout change. Descartes voit la vérité comme étant scientifique, comme devant être démontrée, d’où le Discours de la méthode. Il ne voit plus la conscience comme une nature de Dieu reposant sur des vérités éternelles et révélées, mais comme une vision de soi et de son environnement. Je désire rappeler que Descartes a publié anonymement ce texte, certainement en raison de la peur des censeurs religieux de l’époque. La principale rupture que l’auteur fait est d’affirmer une philosophie du doute qui recherche une certitude comparative aux mathématiques. Brièvement, Descartes énonce que pour douter, il faut exister, et que s’il est, c’est parce qu’il pense. Descartes, non seulement pense, mais affirme qu’il est conscient qu’il pense. La notion de conscience apparaît chez lui avec son identification au moi. Descartes, après s’être identifié dans le miroir et avoir pris connaissance de lui, va inventer la métaphysique, pour expliquer ce qu’il y a au-delà de lui et de la physique. Pour qu’un autre auteur que Platon, c’est-à-dire Descartes, propose ce nouveau concept, il a fallu attendre deux mille ans. Il faut retenir cependant que cent vingt ans après lui, Jean-Jacques Rousseau reformulera différemment la pensée de Socrate propagée par Platon, comme quoi l’adoption des nouvelles idéologies ne se propage que très lentement et que, même aujourd’hui, les anciennes subsistent.

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Les multiples petits-moi

La conscience du moi

Je me répète  : initialement confinée dans son intérieur, la conscience du « moi » veut s’extérioriser. Le langage, peu importe la forme, est la réponse aux stricts besoins de dépassement de ce confinement. Pour ma part, il n’y a pas de doute que le premier parler d’usage du protolangage fut le bavardage et le placotage. Il devient graduellement le véhicule de l’échange de toutes les connaissances naissantes.

Par le langage, l’humain ne communique plus exclusivement, il avise, il se questionne, mais dans les deux sens du fait, il est un émetteur et aussi un récepteur. Dans l’échange, il bénéficie des perceptions et du raisonnement des autres. Il dispose de celui-ci et de l’ensemble de leur très large éventail de perceptions, de leurs savoirs et de leurs connaissances qu’on ne saurait s’acquérir et emmagasiner seul. Le langage démarque peu à peu l’humain des autres animaux, l’isolant à une unicité, à devenir, au rythme de sa prise de conscience, de plus en plus individualiste dans un milieu de plus en plus social. Ainsi le caractère du langage se meut. Du placotage et du bavardage, les mots deviennent essentiels et procurent un médium à l’expérience et à la connaissance. Ils permettent une transmission dans le temps et dans l’espace. Ils amorcent le fondement de la tradition, implantant et développant la culture linguistique. Le langage est un outil que l’on ne remise pas dans un coffre, désigné comme le cerveau. Croire que le langage est inné, c’est croire que l’écriture l’est autant. Croire que le langage a des racines dans le cerveau, c’est croire que tous les mots y sont inscrits préalablement. L’idée, dans le langage, ce n’est pas de dire comment on doit frapper sur un tambour, ni de savoir quels neurones y participent, et encore moins d’identifier le type de peau de ce tambour, mais de comprendre le mécanisme derrière la symbolique qui transmet le message. Même si l’humain n’avait pas eu de larynx, il aurait communiqué par une autre forme. Il l’a fait pour les mathématiques, la musique, le langage des sourds et des aveugles, le morse, le sémaphore, le binaire. L’humain devait communiquer, cela lui a pris des millions d’années pour le faire et il a utilisé ce qu’il possédait pour se réaliser, tout comme il se sert de ses mains. Sans la communication, il n’y aurait pas de communautés humaines. L’humain s’apparenterait alors aux autres primates. Bien sûr, tous les animaux ont une intelligence et une conscience, mais leur moyen de communiquer n’est pas adaptatif et progressif, ils ne peuvent le développer et c’est pour cela qu’ils n’ont rien à voir avec ce que nous sommes. Ils ont été incapables d’en accroître l’incidence.

Un son est un concept nominatif et émotif que l’on associe à une équation définie comme une phrase pour exprimer une pensée qui formule une interrogation et exige des réponses.

Ce qui est encore plus impressionnant dans le langage, c’est qu’il fait du fini une infinité de possibilités. De sons, ils forment les mots ; et d’un vocabulaire, d’une syntaxe, il fait des phrases que je qualifie d’équations. Avec des éléments finis, il exprime une infinité de choses, de manières, et même il en explore l’inimaginable. Tout au long de son histoire, des mots apparaissent, d’autres disparaissent ou muent. Le langage évolue et il est l’essence et la quintessence de l’humanité. Il exprime la pensée, il établit sa conscience, il partage son savoir, ses souvenirs et son intelligence. Alors que le mot s’insère continuellement au présent, il perd continuellement le sens qu’il avait du passé.

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